Le Kenya cède une part de Safaricom pour financer ses infrastructures
En vendant une partie de son « joyau national », Nairobi cherche à lever des fonds sans alourdir la dette publique, au risque de perdre une source stratégique de revenus.
Pilier de l’économie numérique kényane et symbole de réussite africaine, Safaricom change de visage. Le gouvernement kényan a décidé de céder une part significative de sa participation dans l’opérateur télécoms afin de financer des projets d’infrastructures jugés prioritaires. Une décision économique majeure qui relance le débat sur la privatisation des actifs publics en Afrique.
Le Kenya a récemment vendu environ 15 % de sa participation dans Safaricom, la plus grande entreprise du pays, à son partenaire historique Vodacom/Vodafone. L’opération, estimée à près de 1,6 milliard de dollars, constitue l’une des plus importantes cessions d’actifs publics de ces dernières années.
L’objectif affiché par les autorités est clair : mobiliser rapidement des ressources pour financer des infrastructures essentielles, notamment dans les domaines des transports, de l’énergie, de l’eau et de l’irrigation. Ces fonds doivent également alimenter un nouveau fonds d’infrastructure et un fonds souverain, conçus pour attirer davantage d’investissements privés.
Cette stratégie intervient dans un contexte de forte pression budgétaire. Le service de la dette absorbe une part croissante des recettes publiques, limitant la capacité de l’État à investir tout en évitant une hausse des impôts. La vente d’actifs rentables apparaît alors comme une alternative aux emprunts traditionnels.
Cependant, la décision est loin de faire l’unanimité. Safaricom est une entreprise extrêmement profitable, versant régulièrement des dividendes importants à l’État kényan. Pour ses détracteurs, céder une partie de ce « joyau national » revient à sacrifier des revenus futurs au profit d’un gain immédiat. D’autres s’inquiètent d’une perte d’influence stratégique dans un secteur clé, notamment les télécommunications et la finance mobile avec M-Pesa.
À l’inverse, les partisans de l’opération estiment que le partenariat renforcé avec Vodacom pourrait améliorer la gouvernance et accélérer l’innovation, tout en permettant à l’État de concentrer ses ressources sur des missions essentielles comme les infrastructures et le développement social.
La vente d’une part de Safaricom illustre un dilemme croissant pour de nombreux pays africains : faut-il conserver des actifs publics très rentables ou les céder pour financer le développement à court terme ? Si cette stratégie peut offrir un souffle financier immédiat, elle pose aussi la question de la souveraineté économique et de la gestion durable du patrimoine public. Le succès de cette opération dépendra désormais de l’utilisation effective et transparente des fonds levés.
