Tunisie : la loi 72 au cœur d’un nouveau débat sur l’avenir du modèle exportateur
Cinquante ans après son adoption, un pilier historique de l’économie tunisienne interroge son adaptation aux défis contemporains
En Tunisie, la loi n°72 de 1972 revient au centre des discussions économiques. Plus de cinquante ans après son entrée en vigueur, ce texte fondateur du modèle exportateur tunisien est aujourd’hui réexaminé à la lumière des mutations économiques mondiales et des nouveaux équilibres financiers du pays.
Adoptée dans un contexte de transformation industrielle, la loi 72 avait pour objectif d’attirer les investissements étrangers et de stimuler les exportations à travers un régime incitatif spécifique destiné aux entreprises totalement exportatrices.
Un levier déterminant de l’industrialisation
La loi n°72 a constitué un tournant majeur dans l’histoire économique tunisienne. Elle a permis :
-
L’implantation de nombreuses entreprises étrangères, notamment européennes ;
-
Le développement de secteurs clés comme le textile, les composants automobiles et l’électronique ;
-
La création de milliers d’emplois industriels ;
-
L’intégration progressive de la Tunisie dans les chaînes de valeur internationales.
Grâce à ce dispositif, la Tunisie s’est positionnée comme une plateforme industrielle compétitive, profitant de sa proximité géographique avec l’Europe et de coûts de production attractifs.
Un modèle à réadapter aux réalités actuelles
Si la loi 72 a joué un rôle structurant, elle fait aujourd’hui l’objet de critiques et de questionnements. Plusieurs experts estiment que le modèle basé sur des avantages fiscaux et un régime dual — entre entreprises exportatrices et marché local — montre ses limites.
Les principaux débats portent sur :
-
L’équilibre entre incitations fiscales et recettes publiques ;
-
La nécessité de favoriser davantage l’intégration locale et la montée en gamme industrielle ;
-
L’adaptation aux nouvelles exigences du commerce international, notamment en matière de durabilité et de transition numérique ;
-
La réduction de la dépendance à des secteurs à faible valeur ajoutée.
Dans un contexte marqué par des tensions budgétaires et une recherche de nouvelles sources de croissance, la réforme éventuelle de la loi 72 s’inscrit dans une réflexion plus large sur la modernisation du modèle économique tunisien.
Vers un nouveau pacte exportateur ?
Les discussions actuelles ne visent pas nécessairement à supprimer le cadre existant, mais à le réorienter. L’objectif serait de préserver l’attractivité de la Tunisie pour les investisseurs tout en renforçant les retombées locales : innovation, transfert technologique, formation et création de valeur ajoutée.
Alors que la concurrence internationale s’intensifie et que les chaînes d’approvisionnement mondiales se redessinent, la Tunisie se trouve à un moment stratégique. Réviser la loi 72 pourrait permettre de construire un modèle exportateur plus inclusif, plus durable et mieux adapté aux défis du XXIe siècle.
