Global Europe 2028-2034 : le Maroc conserve son accès aux financements européens, mais sous conditions
Le futur instrument de l’Union européenne maintient l’éligibilité des entreprises marocaines, tandis que les nouvelles préférences accordées aux opérateurs européens pourraient redéfinir les règles de la concurrence
Le futur programme Global Europe, qui financera l’action extérieure de l’Union européenne entre 2028 et 2034, devrait continuer d’ouvrir ses marchés et ses subventions aux entreprises marocaines. Si cette continuité constitue un signal positif pour les opérateurs du Royaume, une étude du Parlement européen souligne que les mécanismes de préférence en faveur des entreprises européennes pourraient réduire, dans certains secteurs, les bénéfices concrets de cette ouverture.
Une éligibilité maintenue pour les entreprises marocaines
Le projet d’instrument Global Europe 2028-2034, présenté par la Commission européenne dans le cadre du prochain budget pluriannuel de l’Union européenne, maintient le Maroc parmi les pays dont les entreprises pourront répondre aux appels d’offres, solliciter des subventions et participer aux projets financés par Bruxelles.
Cette disposition confirme la place du Royaume au sein du voisinage sud de l’Union européenne et lui permet de rester associé à des projets mis en œuvre non seulement au Maroc, mais aussi dans d’autres régions éligibles, notamment en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, dans le Pacifique, en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Le futur dispositif prévoit également que les équipements financés par Global Europe pourront, dans la plupart des cas, être fournis par des entreprises situées hors de l’Union européenne. Les industriels marocains conservent ainsi la possibilité d’intégrer les chaînes d’approvisionnement des projets européens, un enjeu stratégique alors que le Maroc renforce progressivement son positionnement dans des secteurs comme l’automobile, les énergies renouvelables ou les technologies industrielles.
Une préférence européenne qui suscite des interrogations
Cette ouverture ne signifie toutefois pas que les entreprises marocaines bénéficieront des mêmes conditions de concurrence que leurs homologues européennes.
Une étude publiée en juillet 2026 à la demande de la commission du Développement du Parlement européen rappelle que la future réglementation permettra à Bruxelles d’appliquer des préférences européennes sur certains projets considérés comme stratégiques. Ces mesures pourraient limiter la participation des entreprises de pays partenaires, sans pour autant remettre en cause leur éligibilité officielle.
Selon le rapport, ces restrictions pourraient être décidées en fonction de la nature des projets, des impératifs de sécurité, de la politique industrielle européenne ou encore des risques liés à certains fournisseurs. Elles pourraient concerner aussi bien les marchés publics que les organismes chargés de mettre en œuvre les financements.
Des règles encore peu définies
L’étude insiste surtout sur le manque de visibilité entourant ces futures dispositions. Les critères précis d’application des préférences européennes n’ont pas encore été arrêtés et plusieurs questions demeurent ouvertes : les entreprises marocaines continueront-elles d’accéder automatiquement aux appels d’offres concernés ? Quels secteurs seront considérés comme stratégiques ? Quelle sera la durée de ces restrictions ?
Ces zones d’ombre laissent planer une incertitude sur la portée réelle de l’ouverture annoncée. En pratique, des clauses spécifiques intégrées aux appels d’offres pourraient rendre l’accès plus difficile pour les entreprises non européennes sans les exclure officiellement.
Des négociations décisives pour les relations économiques Maroc-UE
Pour le Maroc, l’enjeu dépasse la simple possibilité de répondre à des appels d’offres européens. Le Royaume cherche à renforcer son intégration dans les chaînes de valeur industrielles européennes, notamment dans les filières automobile, énergétique, numérique et manufacturière.
Les négociations qui se poursuivent autour du budget européen 2028-2034 seront donc déterminantes. Elles préciseront le niveau de préférence accordé aux entreprises de l’Union et définiront les conditions dans lesquelles les partenaires comme le Maroc pourront continuer à bénéficier des opportunités offertes par le programme Global Europe.
