Commerce intra-africain : l’Union africaine fait de la ZLECAf le pilier de sa souveraineté économique

Face aux incertitudes du commerce mondial, l'Union africaine mise sur la ZLECAf pour renforcer les échanges, accélérer l'industrialisation et bâtir une économie plus souveraine

Le commerce entre les pays africains ne représente encore que 16 à 18 % des échanges du continent, un niveau parmi les plus faibles au monde. Ce constat a été au cœur des discussions de la 47ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine, tenue les 7 et 8 juillet 2026 à Banjul, en Gambie. À cette occasion, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a appelé les États membres à accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), estimant que le renforcement du commerce intra-africain est désormais « une nécessité stratégique » face aux tensions géopolitiques, au ralentissement de l’économie mondiale et à la montée du protectionnisme.

Un marché continental encore sous-exploité

Avec une population de plus de 1,5 milliard d’habitants et un produit intérieur brut cumulé estimé à 3 400 milliards de dollars, l’Afrique dispose d’un marché parmi les plus prometteurs au monde. Pourtant, les échanges commerciaux entre les pays africains restent limités à 16-18 % du commerce total du continent, contre près de 69 % en Europe et environ 59 % en Asie.

Cette faible intégration économique s’explique par une structure commerciale encore largement tournée vers l’extérieur. Plus de 80 % des exportations africaines sont destinées aux marchés internationaux et concernent principalement des matières premières – pétrole, minerais ou produits agricoles – tandis que les produits manufacturés, les équipements industriels et les biens technologiques sont majoritairement importés.

La ZLECAf, un projet de transformation économique

Entrée en vigueur le 30 mai 2019 et devenue opérationnelle le 1er janvier 2021, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) rassemble aujourd’hui 54 des 55 États membres de l’Union africaine, ce qui en fait le plus vaste marché commun au monde en nombre de pays participants.

Son ambition dépasse largement la suppression progressive des droits de douane sur 90 % des lignes tarifaires. L’accord prévoit également l’harmonisation des réglementations commerciales, la réduction des barrières non tarifaires, la facilitation des investissements, le développement des chaînes de valeur régionales ainsi qu’une meilleure intégration des services et du commerce numérique.

Selon les estimations de la Banque mondiale, une mise en œuvre complète de la ZLECAf pourrait accroître le commerce intra-africain de plus de 80 % d’ici 2035, tout en favorisant la création de millions d’emplois et en contribuant à sortir près de 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté.

Des obstacles qui freinent encore l’intégration

Malgré ces perspectives, plusieurs défis continuent de ralentir la concrétisation du marché unique africain.

Le déficit annuel de financement du commerce est estimé entre 80 et 120 milliards de dollars, limitant fortement la capacité des petites et moyennes entreprises à exporter ou à développer leurs activités à l’échelle régionale.

Les infrastructures constituent un autre frein majeur. Les insuffisances des réseaux routiers, ferroviaires et portuaires, les coûts logistiques élevés, les procédures douanières parfois longues ainsi que la persistance de nombreuses barrières non tarifaires continuent de pénaliser la circulation des marchandises entre les États africains.

À cela s’ajoute la nécessité d’harmoniser les règles commerciales entre les différentes Communautés économiques régionales (CER), condition indispensable pour assurer une mise en œuvre efficace de la ZLECAf.

Le PAPSS pour faciliter les échanges africains

Afin de soutenir cette intégration, l’Union africaine et Afreximbank poursuivent le déploiement du Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS).

Cette plateforme permet aux entreprises d’effectuer des paiements transfrontaliers directement en monnaies africaines, sans passer par le dollar ou l’euro. L’objectif est de réduire les coûts de transaction, d’accélérer les règlements et de renforcer les échanges commerciaux entre les économies du continent.

Vers une Afrique qui transforme davantage ses richesses

Au-delà de l’ouverture des marchés, l’ambition de l’Union africaine est de favoriser une transformation structurelle des économies africaines. Il s’agit de développer des chaînes de valeur régionales dans des secteurs stratégiques tels que l’agro-industrie, les industries pharmaceutiques, le textile, l’automobile, les minerais critiques ou encore les technologies numériques.

Pour Mahmoud Ali Youssouf, les bouleversements actuels du commerce international constituent une opportunité pour accélérer cette mutation. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et le retour des politiques protectionnistes, le président de la Commission de l’Union africaine estime que la principale source de croissance du continent se trouve désormais au sein de son propre marché.

L’accélération de la ZLECAf apparaît ainsi comme l’un des principaux leviers pour renforcer la souveraineté économique de l’Afrique, stimuler son industrialisation et faire du commerce intra-africain un véritable moteur de développement durable.

vous pourriez aussi aimer
commentaires
Loading...

Messages récents