AES : le Mali, le Burkina Faso et le Niger officialisent leur retrait de la CPI
Le retrait de la CPI marque une nouvelle étape dans la stratégie de souveraineté et de repositionnement diplomatique des trois États de l'Alliance des États du Sahel
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement notifié leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI), ouvrant une procédure qui prendra effet en juin 2027 conformément au Statut de Rome. Présentée par les trois États de l’Alliance des États du Sahel (AES) comme un acte de souveraineté face à une justice qu’ils jugent sélective, cette décision marque une nouvelle étape dans leur redéploiement diplomatique après leurs départs de la CEDEAO et du G5 Sahel, et relance le débat sur l’avenir de la justice pénale internationale en Afrique.
Un retrait motivé par une revendication de souveraineté
Pour Bamako, Ouagadougou et Niamey, cette décision traduit la volonté de reprendre la maîtrise de leur politique judiciaire et de défendre une conception de la justice internationale qu’ils estiment plus équitable. Les autorités des trois pays reprochent à la CPI d’appliquer une justice qu’elles jugent sélective, estimant que les États africains ont été disproportionnellement visés par les enquêtes et les poursuites depuis la création de la Cour.
Les dirigeants de l’AES soulignent également que plusieurs grandes puissances, dont les États-Unis, la Chine, la Russie et l’Inde, ne sont pas parties au Statut de Rome. Selon eux, cette situation alimente le sentiment d’un système de justice internationale appliqué de manière inégale, au détriment des États africains.
Une procédure qui s’étalera jusqu’en 2027
Si la décision est désormais officielle, ses effets ne seront pas immédiats. En vertu de l’article 127 du Statut de Rome, le retrait d’un État devient effectif un an après la notification adressée au Secrétaire général des Nations unies.
Le Niger a officiellement déposé sa notification le 18 juin 2026, suivi du Mali et du Burkina Faso le 24 juin. Jusqu’à l’expiration de ce délai, les trois pays demeurent liés par les obligations prévues par le traité. Les enquêtes et procédures déjà engagées avant l’entrée en vigueur du retrait pourront donc se poursuivre.
Une rupture qui s’inscrit dans une dynamique plus large
Le retrait de la CPI s’ajoute à une série de décisions qui illustrent la volonté des trois États sahéliens de redéfinir leurs relations avec les organisations régionales et internationales.
En janvier 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger avaient annoncé leur départ de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dénonçant des sanctions jugées injustes et une organisation qu’ils estimaient éloignée des intérêts des peuples du Sahel. Malgré les discussions engagées par l’organisation régionale, les trois pays ont confirmé leur choix et poursuivent désormais leur intégration au sein de l’Alliance des États du Sahel.
Le G5 Sahel a connu le même sort. Le Mali s’en est retiré en mai 2022, avant d’être rejoint par le Burkina Faso et le Niger en décembre 2023. Ces départs successifs ont conduit à la dissolution de cette organisation créée en 2014 pour coordonner la lutte contre le terrorisme dans la région.
Pour les autorités de l’AES, ces différentes décisions participent d’une même stratégie : renforcer leur autonomie politique, sécuritaire et judiciaire, tout en développant des mécanismes de coopération fondés sur leurs propres priorités.
Des réactions partagées
La Cour pénale internationale a pris acte des notifications de retrait tout en rappelant que les obligations découlant du Statut de Rome restent applicables jusqu’à l’entrée en vigueur effective de la décision. La présidence de l’Assemblée des États parties a exprimé sa préoccupation, estimant que ces départs pourraient affaiblir les efforts internationaux de lutte contre l’impunité.
Plusieurs organisations de défense des droits humains ont également regretté cette décision, craignant qu’elle ne réduise les possibilités de recours pour les victimes de crimes internationaux. À l’inverse, les gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger considèrent ce retrait comme une étape supplémentaire dans la construction d’une gouvernance plus souveraine et d’une coopération régionale fondée sur les intérêts des États du Sahel.
Au-delà de ses conséquences juridiques, cette décision confirme l’évolution géopolitique engagée par l’Alliance des États du Sahel. Après la CEDEAO et le G5 Sahel, le retrait de la CPI illustre la volonté des trois pays de redéfinir leur place dans les institutions internationales et de promouvoir une vision des relations internationales fondée sur la souveraineté des États.
