Burkina Faso : un décret pour mettre fin à la mise en scène de la pauvreté
Le gouvernement interdit d'exposer les bénéficiaires de l'aide humanitaire aux côtés des dons qu'ils reçoivent
Le Burkina Faso a adopté, début juillet 2026, un décret encadrant les actions humanitaires sur son territoire. Le texte interdit notamment de filmer ou de photographier les personnes vulnérables en train de recevoir une aide afin de préserver leur dignité et de lutter contre l’exploitation médiatique de la pauvreté.
Le gouvernement burkinabè a adopté un nouveau décret destiné à renforcer l’encadrement des activités humanitaires dans le pays. Présentée par la ministre de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale, Passowendé Pélagie Kaboré, la réforme interdit désormais d’exposer l’image des bénéficiaires aux côtés des dons qui leur sont remis.
Selon les autorités, cette mesure vise à replacer la personne au centre de l’action humanitaire et à éviter que les populations les plus fragiles soient utilisées comme supports de communication. Le décret instaure également une procédure d’accréditation pour les organisations humanitaires et encourage le recours aux produits locaux lors des distributions alimentaires.
Lutter contre l’exploitation de la pauvreté
Cette décision s’inscrit dans un débat international autour de l’exploitation de la pauvreté à des fins médiatiques, un phénomène souvent désigné par l’expression anglaise « poverty porn ». Cette pratique consiste à diffuser des images de personnes en situation de précarité pour susciter l’émotion, attirer des dons, générer de l’audience ou renforcer la visibilité d’une organisation ou d’un créateur de contenu.
Avec l’essor des réseaux sociaux, cette mise en scène de la générosité s’est largement développée. Des influenceurs et créateurs de contenu filment leurs actions caritatives et les diffusent auprès de millions d’abonnés. Si certains affirment que cette visibilité permet de financer davantage d’initiatives solidaires, leurs détracteurs estiment qu’elle porte atteinte à la dignité des personnes aidées en transformant leur vulnérabilité en contenu.
Une réforme aux multiples enjeux
Au-delà de la dimension éthique, ce décret s’inscrit dans la volonté des autorités burkinabè de mieux encadrer les interventions humanitaires sur leur territoire. Depuis 2022, le pays renforce progressivement le contrôle des organisations opérant dans le secteur de l’aide afin de mieux coordonner leurs activités.
Pour de nombreux observateurs, cette réforme dépasse le seul cadre administratif. Elle relance un débat plus large sur la manière de communiquer autour de l’action humanitaire et sur la nécessité de concilier solidarité, transparence et respect des droits des bénéficiaires.
En plaçant la dignité des personnes vulnérables au cœur de son dispositif, le Burkina Faso rejoint un mouvement de réflexion de plus en plus présent en Afrique et à l’international sur les pratiques de l’aide humanitaire à l’ère des réseaux sociaux.
