L’Afrique côtière mise sur la pêche : un secteur stratégique longtemps négligé
Comment le continent veut transformer ses richesses maritimes en moteur économique
Un trésor maritime encore sous-valorisé
Malgré l’un des littoraux les plus poissonneux de la planète, l’Afrique n’exploite qu’une fraction de son potentiel. Le continent garanti détient pour cent des ressources halieutiques mondiales, mais ne génère que huit pour cent de la valeur économique liée à ce secteur. Pendant des années, la pêche africaine a souffert de la présence de flottes étrangères, de la pêche illégale, du manque d’industrialisation et de la faiblesse des infrastructures portuaires. Aujourd’hui, les gouvernements africains souhaitent renverser cette tendance et valoriser enfin ce trésor maritime.
Modernisation massive des infrastructures
Pour garder la valeur ajoutée sur le continent, plusieurs États investissent dans la modernisation de leurs ports, la construction d’usines de transformation et le développement d’infrastructures frigorifiques pour limiter les pertes. Parallèlement, des systèmes de surveillance par satellite sont déployés afin de mieux contrôler les zones de pêche et lutter contre les activités illégales. L’objectif est clair : transformer localement les produits de la mer, renforcer l’industrie nationale et se positionner sur les marchés internationaux.
Lutte renforcée contre la pêche illégale
La pêche non déclarée et non réglementée coûte plus de dix milliards de dollars par an aux économies africaines, selon l’Union africaine. Face à ce constat, plusieurs pays ont renforcé leurs moyens de surveillance en mobilisant drones, patrouilles maritimes et radars intelligents, tout en multipliant les accords de coopération régionale. Ces efforts commencent à porter leurs fruits, permettant une meilleure protection des zones économiques exclusives et une exploitation plus durable des ressources.
Un secteur créateur d’emplois pour les jeunes
La pêche et l’aquaculture représentent également un immense potentiel en termes d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes. Le secteur peut créer des millions d’emplois directs et indirects, tout en stimulant l’entrepreneuriat local et en favorisant l’émergence de startups dans la transformation, la distribution et la logistique des produits de la mer. On estime que plus de cinquante millions de personnes pourraient, à terme, être intégrées dans cette chaîne de valeur, faisant de la pêche un véritable moteur économique pour le continent.
Vers une pêche durable et responsable
Face au changement climatique et à la raréfaction de certaines espèces, les États africains adoptent des politiques de pêche durable. L’instauration de quotas, la mise en place de périodes de repos biologique, le contrôle renforcé des chalutiers et le soutien au développement de l’aquaculture écologique sont autant de mesures visant à protéger la biodiversité tout en assurant une exploitation rentable et pérenne des ressources marines. L’objectif est de concilier croissance économique et durabilité environnementale.
Un levier pour l’intégration économique africaine
Dans le cadre de la ZLECAf, plusieurs pays envisagent la création d’un corridor africain de la pêche afin de faciliter les échanges intra-africains, d’harmoniser les normes sanitaires et de réduire la dépendance aux importations. Cette initiative pourrait transformer la pêche en un pilier stratégique du commerce continental et renforcer la souveraineté alimentaire du continent.
En s’attaquant enfin à la modernisation de la filière, l’Afrique côtière transforme un secteur longtemps négligé en une opportunité historique. Si les États poursuivent leurs investissements et leurs efforts de régulation, la pêche pourrait devenir l’une des grandes forces économiques du continent dans les années à venir.
