Minerais stratégiques : l’Afrique appelée à parler d’une seule voix face aux États-Unis
Alors que les États-Unis multiplient les accords bilatéraux avec des pays africains riches en minerais critiques, plusieurs responsables et experts appellent à une approche continentale afin de renforcer le pouvoir de négociation de l’Afrique.
La question des minerais stratégiques s’impose aujourd’hui comme l’un des enjeux économiques majeurs pour l’Afrique. Lithium, cobalt, cuivre, nickel ou terres rares sont devenus indispensables à la transition énergétique mondiale, aux véhicules électriques et aux technologies numériques. Face à cette ruée internationale, les États-Unis intensifient leurs partenariats avec plusieurs pays africains producteurs, privilégiant des accords bilatéraux ciblés.
Cette stratégie suscite cependant de vives réactions sur le continent. Des responsables africains, des experts économiques et des acteurs de la société civile estiment que ces négociations menées pays par pays fragilisent la position de l’Afrique et limitent les retombées économiques à long terme. Selon eux, l’absence de coordination continentale réduit la capacité des États africains à imposer de meilleures conditions, notamment en matière de transformation locale, de transfert de technologies et de création d’emplois.
L’enjeu dépasse largement la simple exportation de matières premières. Malgré son immense richesse minérale, l’Afrique capte encore une faible part de la valeur ajoutée générée par ces ressources. Les minerais sont souvent exportés à l’état brut, puis transformés ailleurs, ce qui prive les économies locales d’importantes opportunités industrielles et fiscales.
Face à cette situation, plusieurs voix plaident pour une stratégie africaine commune, inspirée notamment des mécanismes de la Zone de libre-échange continentale africaine. Une telle approche permettrait d’harmoniser les cadres réglementaires, de renforcer la transparence des contrats miniers et d’exiger des partenaires internationaux des engagements clairs en faveur du développement local.
Les États-Unis, de leur côté, cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement afin de réduire leur dépendance à d’autres grandes puissances. L’Afrique apparaît donc comme un partenaire clé, mais aussi comme un acteur qui doit désormais défendre ses intérêts stratégiques avec plus de fermeté.
À court terme, les accords bilatéraux peuvent apporter des investissements et des financements bienvenus. À long terme, toutefois, l’enjeu pour l’Afrique est de transformer cette richesse minérale en levier de développement durable, d’industrialisation et de souveraineté économique. La capacité du continent à s’unir autour de cette question déterminera largement sa place dans la nouvelle géopolitique des ressources.
