Maroc: Le pari de l’État connecteur pour s’imposer dans la nouvelle économie mondiale
Entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie, le Royaume entend transformer sa position géographique en moteur de croissance durable
Le Maroc pourrait tirer un avantage stratégique des bouleversements de l’économie mondiale. Dans une étude publiée début juillet 2026, le Policy Center for the New South (PCNS) explique comment le Royaume profite de la reconfiguration des chaînes de valeur internationales pour renforcer son attractivité auprès des investisseurs. Si cette stratégie conforte le rôle du Maroc comme carrefour entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie, les auteurs estiment que sa pérennité dépendra de la capacité du pays à stimuler l’investissement privé et à améliorer sa productivité.
Le Maroc entend transformer sa position géographique en un véritable levier de développement économique. Face à la fragmentation du commerce mondial et à la multiplication des tensions géopolitiques, le Royaume mise sur ses infrastructures, sa stabilité macroéconomique et son ouverture commerciale pour attirer les entreprises qui cherchent à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement.
Le concept d’« État connecteur », développé par les économistes du Policy Center for the New South, décrit cette stratégie qui consiste à faire du Maroc une plateforme reliant les marchés européens, africains et asiatiques. Selon les auteurs, cette position constitue aujourd’hui l’un des principaux atouts du Royaume pour capter de nouveaux investissements industriels et logistiques.
Les investissements étrangers changent d’échelle
Cette nouvelle dynamique se traduit par une hausse des investissements directs étrangers, notamment dans les filières de la mobilité électrique, des batteries, des composants automobiles et des énergies renouvelables. Les capitaux asiatiques, en particulier chinois, occupent une place croissante dans cette transformation industrielle, renforçant les ambitions du Maroc de devenir un hub manufacturier régional.
En parallèle, les secteurs du tourisme, de la logistique, des services et de la construction profitent également de cet élan. Les grands chantiers d’infrastructures, soutenus par les préparatifs de la Coupe du monde 2030, contribuent à stimuler l’activité économique et à améliorer la compétitivité du pays.
Une croissance solide, mais encore fragile
Les économistes estiment toutefois que cette dynamique ne pourra être durable sans une évolution du modèle de croissance. Si l’investissement public a joué un rôle déterminant dans la reprise économique, il devra progressivement laisser davantage de place à l’investissement privé afin d’accroître la productivité et l’innovation.
Parmi les principaux défis figurent également le financement des petites et moyennes entreprises, l’amélioration du capital humain, le renforcement de la recherche et de l’innovation ainsi que l’adaptation de l’économie aux effets du changement climatique, qui pèsent particulièrement sur le secteur agricole.
Un modèle qui interpelle l’Afrique
Au-delà du cas marocain, cette stratégie illustre les nouvelles opportunités qui s’offrent aux économies africaines dans un contexte de fragmentation du commerce mondial. Les pays capables d’offrir des infrastructures performantes, un environnement stable et une bonne intégration régionale pourraient eux aussi attirer une partie des investissements internationaux en quête de nouvelles plateformes de production.
Pour le Maroc, l’enjeu dépasse désormais l’attractivité. Il s’agit de transformer les investissements étrangers en création de valeur locale, en emplois qualifiés et en gains de productivité afin d’inscrire cette croissance dans la durée. C’est à cette condition que le Royaume pourra pleinement assumer son ambition de devenir un pont économique entre l’Afrique et les grands marchés internationaux.
